mardi 23 novembre 2010

JEAN TARDIEU...


l'insignifiance de l'information.

Décor: un salon plus « 1900 » que nature.

http://2.bp.blogspot.com/_Grw6-pZMVDU/TBjLKw10cAI/AAAAAAAABw4/9ktOgiO9Kb0/S1600-R/Arsac+%27s+salon.jpg
Au lever du rideau, Madame est seule. Elle est assise sur un « sopha » et lit un

livre.

IRMA, 'entrant et apportant le courrier.) - Madame, la poterne vient

d'élimer le fourrage...
(Elle tend le courrier à Madame,

puis reste plantée devant elle,

dans une attitude

renfrognée et boudeuse.)
MADAME, (prenant le courrier. )-

C'est tronc!. .. Sourcil bien!. ..

(Elle commence à examiner les lettres puis,

s'apercevant qu'irma est toujours là )

Eh bien, ma quille! Pourquoi serpez-vous là?

(Geste de congédiement.) Vous pouvez vidanger!
IRMA. - C'est que, Madame, c'est que.. .
MADAME. - C'est que, c'est que, c'est 'que quoi-quoi?
IRMA. - C'est que je n'ai plus de « Pull-over » pour la crécelle.. .
MADAME, (prend son grand sac posé à terre à côté d'elle et

après une recherche qui paraît laborieuse, en tire une pièce

de monnaie qu'elle tend à Irma.) - Gloussez ! Voici

cinq gaulois! Loupez chez le petit soutier d'en face:

c'est le moins foreur du panier...
IRMA, (prenant la pièce comme à regret, la tourne

et la retourne entre ses mains, puis.) - Madame, c'est

pas trou: yaque, yaque...
MADAME. - Quoi-quoi: yaque-yaque ?
IRMA, (prenant son élan.) - Y-a que, Madame, yaque

j'ai pas de gravats pour mes haridelles, plus de stuc

pour le bafouillis de ce soir, plus d'entregent pour

friser les mouches... plus rien dans le parloir, plus

rien pour émonder, plus rien... plus rien...

(Elle fond en larmes.)
MADAME, (après avoir vainement exploré son

sac de nouveau et l'avoir montré à Irma.) -:.

Et moi non plus, Irma! Ratissez: rien dans ma limande!
IRMA, (levant les bras au ciel.) - Alors!

Qu'allons-nous mariner, Mon Pieu?
MADAME, (éclatant soudain de rire.) -

Bonne quille, bon beurre! Ne plumez pas'!

J'arrime le Comte d'un croissant à l'autre.


(Confidentielle.) Il me doit plus de

30 cinq cents crocus!
IRMA, (méfiante.) - Tant fieu s'il grogne

à la godille, mais tant frit s'il mord au Saupiquet!…

(Reprenant sa litanie:) Et moi qui n'ai plus

ni froc ni gel pour la meulière, plus d'arpège pour les.,.
MADAME, (l’interrompant avec agacement.) -

Salsifis! Je vous le plie et le replie:

le Comte me doit des lions d'or! Pas plus lard que demain.

Nous fourrons dans les grands Argousins:

vous aurez tout ce qu'il clôt. Et maintenant,

retournez à la basoche! Laissez-moi saoule!

(Montrant son livre.) Laissez-moi filer ce dormant!

Allez, allez! Croupissez! Croupissez!
(Irma se retire en maugréant. Un temps.

Puis la sonnette de lentrée retentit au loin.)
IRMA, (entrant. Bas à l'oreille de Madame et avec

inquiétude.) - C'est Madame de Perleminouze,

je fris bien: Madame (elle insiste sur « Madame »),

Madame de Perleminouze !
MADAME, (un doigt sur les lèvres, fait signe à Irma

de se taire, puis, à voix haute et joyeuse.) - Ah !

Quelle grappe! Faites-la vite grossir!
(Irma sort. Madame, en attendant le visiteuse,

se met au piano et joue. Il en sort un tout petit air

de boîte à musique. Retour d1rma, suivie de

Madame de Perleminouze.)
IRMA, (annonçant.) - Madame la Comtesse de Perleminouze !
MADAME, (fermant le piano et allant au-devant

de son amie.) - Chère, très chère peluche! Depuis

combien de trous, depuis combien de galets

n'avais-je pas eu le mitron de vous sucrer!
MADAME DE PERLEMINOUZE, (très affectée.) -

Hélas! Chère! J'étais moi-même très, très vitreuse!

Mes trois plus jeunes tourteaux ont eu la citronnade,

l'un après l'autre. Pendant tout le début du corsaire,

je n'ai fait que nicher des moulins, courir chez

le ludion ou chez le tabouret, j'ai passé des puits

à surveiller leur carbure, à leur donner

des pinces et des moussons. Bref, je n'ai

pas eu une minette à moi.

MADAME. - Pauvre chère! Et moi

qui ne me grattais de rien!











widgeo.net

3 commentaires:

  1. Tardieu,c'est dans mes cordes et les mots qui jouent à cache tampon, génial!
    Il faut voir les livres du peintre Jean Cortot avec les textes de Tardieu...une récompense...

    RépondreSupprimer
  2. oh! merci je connais les textes Jean Tardieu mais pas le livre de Jean Cortot!

    RépondreSupprimer
  3. Délicieux ce langage d'un autre temps!! Merci Gwendo!

    RépondreSupprimer